la diaspora africaine en Suisse : quelles dynamiques ? Quel rôle pour le Programme de développement 2030 de l’ONU ?
Quelques soient les sources, la notion de diaspora tourne toujours autour des mêmes éléments, à savoir l’ensemble des membres d’un peuple dispersés à travers le monde mais restant en relation. Certains élargissent ce groupe également aux descendants des migrants. La notion de mémoire collective ou de culture du pays d’origine est un autre aspect important de cette définition.
Si on l’applique au contexte africain, et selon les critères de l’Union africaine, il s’agit des « personnes d’origine africaine vivant hors du continent africain, qui sont désireuses de contribuer à son développement et à la construction de l’Union africaine, quelles que soient leur citoyenneté et leur nationalité ».
C’est ce lien spécifique entre la personne établit à l’étranger et son pays d’origine qui rend la diaspora comme un élément déterminant pour le développement (durable) du continent. De par son importance à travers le monde, la diaspora africaine joue un rôle primordial pour nombre de pays du continent, notamment à travers ses apports financiers, matériels et humains. C’est dans cette optique, que la diaspora africaine est devenue un acteur de premier plan dans la mise en œuvre à la fois de l’Agenda 2030 de développement durable de l’ONU, mais aussi pour l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Dynamiques mondiales
L’étude des flux migratoires ne peut se faire sans lien avec le phénomène de mondialisation. Cette dernière n’est pas sans incidence dans les dynamiques migratoires à l’échelle internationale tant dans ses causes que ses formes. Elle rend ainsi ce phénomène difficile à appréhender.
Cette complexité porte à la fois sur les données chiffrées du phénomène, mais aussi sur la manipulation de la question à des fins politiques (en particulier par les mouvements populistes aux relents xénophobes et anxiogènes).
Ainsi, les données concordantes fournies par plusieurs organismes font état de plus de 230 millions de migrants pour l’année 2013 dont six sur dix vivent dans les pays à hauts revenus. L’OCDE estime que la population née à l’étranger dans les pays de l’OCDE s’établissait en 2013 à 177 Millions traduisant une hausse de 40% par rapport à l’année 2000. Cette tendance était en progression pour l’année 2014 avec 4.3 millions d’entrées, soit une hausse de 6% par rapport à 2013.
Cependant, l’objectivité nécessite d’affiner ces données pour qu’elle reflète de la meilleure des manières la réalité de cette migration internationale. Tout d’abord, il faut dire que cette migration internationale renvoie à des couloirs migratoires divers et non en sens unique, c’est- à-dire exclusivement du Sud vers le Nord. La migration internationale recoupe le flux migratoire du Sud vers le Nord estimé à hauteur de 35 à 45% dans la migration mondiale, celui du Nord vers le Nord représenterait 15 à 25% de cette migration. Les flux migratoires du Sud vers le Sud avoisineraient 34 à 41% cachant ainsi la forte progression migratoire du Nord vers le Sud qui aurait concernée 7 à 13 millions de personnes.
La continuité des flux migratoires mondiaux se retrouve dans plusieurs niveaux. Tout d’abord, les destinations d’accueil de ces flux migratoires sont les mêmes à quelques exceptions près. Le classement fourni par l’OCDE est assez explicite sur l’absence de bouleversements notables à ce niveau. Les USA occupent toujours la première place avec 1 million d’arrivées pour l’année 2014. S’en suit l’Allemagne, qui est le premier pays européen d’accueil. Le Royaume-Uni occupe aussi une place de choix dans ce classement comme l’Espagne, le Canada et la France. Ces pays ont connu soit une hausse des flux migratoires, soit une stabilisation de ces flux sur leur territoire.
Au titre de cette continuité, il convient aussi de mettre en exergue l’absence de changement dans les modalités et les raisons de cette migration. On peut observer que cette migration repose sur ses éléments traditionnels qui peuvent être des liens historiques, politiques, économiques et culturels. Ces couloirs que les experts qualifient de champs migratoires bilatéraux expliquent la propension de certaines populations à émigrer vers des pays spécifiques. Ainsi, les populations d’Afrique subsaharienne érigent la France en pays d’immigration en raison des liens historiques. Toutefois, ces champs migratoires ne sont pas seulement basés sur des liens historiques, ils peuvent aussi être physiques ou géographiques. C’est par exemple, le cas en Europe de pays comme la Finlande, la Suède ou la Norvège.
By Dr. Malick Sanghare and Julien Chambolle






